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Fin de Libertés de séjour
Jan Rok Achard
Je me permets de commencer par une définition de Libertés de Séjour, celle que l’on retrouve dans le dictionnaire du Channel.

Libertés de séjour :
Une manifestation artistique, humaine et inattendue.
Une invitation faite à une compagnie de séjourner au Channel pendant trois semaines, d’y déplacer son univers.
Elle est libre d’organiser le temps et les événements, d’inviter d’autres artistes et spectacles.
D’articuler le tout en intelligence avec le lieu, son esprit, ses spécificités.


Recevoir une telle invitation signifie que l’on vous choisit, que l’on vous fait confiance et fort probablement qu’il y a de l’affection dans l’air.

L’invitation inclut l’offre de temps et d’espace où vous pourrez conquérir ou tenter de conquérir votre liberté. Je vous le dis comme cela parce que pour moi la liberté s’identifie à un acte de conquête au quotidien. Elle ne peut jamais être prise pour acquise. J’ai de la méfiance à l’endroit de ceux qui prétendent vous donner ou vous offrir votre liberté, Tout au plus peuvent-ils vous faciliter la conquête.

Recevoir une telle invitation a de quoi exciter les neurones, stimuler les méninges et provoquer l’imaginaire. Chez moi l’effet fut immédiat.

Répondre à une telle invitation commande une certaine audace et sans doute même une certaine témérité. Dire oui à cette invitation est un engagement. Un engagement qui conjugue au présent humilité et modestie.

Répondre à cette invitation veut aussi dire être prêt à prendre des risques et à les assumer. Risque de proposer, risque d’indisposer, risque de provoquer, risques inhérents à toute forme de proposition artistique. Des goûts et des couleurs il ne faut jamais discuter plus d’une heure disait Sancho Pançà écuyer de Don Quichotte. C’est le choix qu’a fait 2 Rien Merci en acceptant de répondre à l’invitation du Channel. Il y a donc deux parties prêtes à prendre des risques, Le Channel en invitant et 2 Rien Merci en acceptant.

À ces deux parties prenantes de risques, Le Channel et 2 Rien Merci, je prête une intention ou une valeur commune, je la formule ainsi : ‘’ IL N’Y A QUE CEUX QUI NE PRENNENT PAS DE RISQUES QUI SE TROMPENT JAMAIS ’’.

Vous le public, qui a reçu cette invitation, vous l’avez acceptée. À votre façon vous avez pris des risques. Vous avez fait confiance au Channel, vous avez fait confiance à 2 Rien Merci. Votre liberté fut celle de choisir sans toujours connaître précisément le contenu des propositions. Vous avez assisté à des spectacles, rencontré des artistes, vu des œuvres, quelques unes achevées, d’autres inachevées et d’autres en train de naître. 

Votre présence donnait un sens à notre liberté. Nous partagions ensemble un espace et  un temps de liberté. Pour nous, celle de vous proposer, pour vous, celle de prendre, de goûter, de savourer, de toucher, d’écouter, de voir. Oui, votre liberté était aussi celle de ne pas aimer, de ne pas apprécier.

Ici, au Channel, il y a quelque chose de plus. Ce quelque chose de plus c’est l’espace et le temps pour l’avant et l’après spectacle. Ce quelque chose de plus c’est ce climat, cet environnement qui favorise la rencontre, l’échange, le partage entre ceux qui ont vu, entre ceux qui ont vu et fait. Au Channel on peut mettre de coté cette culture de la consommation, du fast food artistique : je rentre, je vois, je sors. Le Channel vous donne du temps pour prendre le temps de profiter Ici et Maintenant de la présence des uns et des autres, pour aller à la rencontre des uns et des autres, pour se dire avec un silence éloquent ou avec des mots prégnants.

C’est plus qu’un grand plaisir, çà peut-être un moment unique. Unique parce qu’il est dans le Ici et Maintenant et que plus jamais il ne se répétera. Unique parce qu’il n’est ni obligé, ni imposé, il est choisi. Le Channel, un lieu de passage.  Il va dans les deux sens, l’aller et le retour en plus il permet l’arrêt, la pause, le temps d’une  rencontre.

Ce que je dis de vous, le public, je veux aussi vous communiquer que c’est aussi comme çà que nous l’avons vécu de l’interne ces trois semaines de séjour. Trois semaines de séjour pendant lesquelles nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes découverts, nous avons appris des uns et des autres. Ce nous, ce sont les équipes du Channel et les équipes de 2 Rien Merci. Je choisis le mot équipe parce qu’il reflète l’esprit et le climat qui animaient chacune des femmes et des hommes qui en faisaient partie. Faire partie d’une équipe dans le contexte de Libertés de séjour çà veut dire avoir des objectifs communs. Quant aux moyens de poursuivre ces objectifs, chacun et chacune a du faire des choix. Des choix qui donnent droit à l’expression des différences. Différences tant par la forme que le contenu des propositions. L,’addition de ces différences enrichit les propositions artistiques. L’addition des énergies et des forces pour rendre concret, des concepts, des idées, des œuvres. Loin de moi l’idée de vous faire croire que nous étions toujours unanimes. C’est un témoignage plus que très éloquent que nous ne pouvons jamais rien prendre pour acquis.

Dans quelques heures ces Libertés de Séjour 2010 feront partie de l’histoire. Elles seront enregistrées dans la mémoire affective, sensorielle, émotive de ceux et celles qui furent les fabricants artistiques de ces propositions et aussi de ceux et de celles qui sont venus écouter, voir ces propositions.

Pour moi, comme pour plusieurs des mes collègues artistes, de mes collègues techniciens, de ceux et celles qui ont accueilli, qui ont cuisiné, servi les petits déjeuners, servis au bar, pour nous tous et toutes, du moins je le crois, ces Libertés de Séjour furent une aventure humaine affective plus que très riche.

Merci au Channel de nous avoir invités, merci de cette invitation et de cette  provocation à conquérir notre liberté. Aux artistes, aux artisans, à ces capitaines  que sont Jérôme et Yann, Francis. Merci pour votre invitation. Merci de m’avoir accordé ce privilège de me ressourcer, d’apprendre à apprendre, de tenter de reconquérir ma liberté, celle de me renouveler, celle de ne pas savoir, celle de douter.

Francis Peduzzi et compagnie, s’il vous plait cultivez plus que jamais votre sens de l’utopie. Entretenez minutieusement, religieusement votre jardin de rêves. Maintenez ce cap sur le risque de la création et de l’inattendu. Bandes de forains et de foraines, ne cessez pas votre quête de liberté, n’arrêtez pas d’aller à la rencontre. Continuer de nous contaminer de vos virus et bactéries libertisiaques.

Aux prochaines libertés de séjour…peu importe ce qu’elles seront et peu importe à qui sera faite l’invitation, profitez-en pour prendre de l’altitude, sachez cependant qu’elle n’est accessible qu’à ceux qui veulent conquérir leur liberté.
Merci infiniment à vous tous et toutes je me sens un homme privilégié d’avoir vécu ces Libertés de Séjour avec vous.

Jan Rok Achard
Calais, samedi 27 mars 2010